
Judy Tait est une potière qui entretient des liens étroits avec son milieu. Chacune de ses créations exprime ce rapport avec le comté d’Albert, où elle habite. Mais c’est un long et sinueux chemin qui l’a menée jusqu’aux rives de la baie de Fundy, au Nouveau-Brunswick.
Originaire d’Ottawa, Judy a étudié les arts en Angleterre. De retour au pays, après un court séjour dans sa ville natale, on lui a offert un poste d’enseignante au Collège d'artisanat et de design du Nouveau-Brunswick à Fredericton. Elle n’a pas hésité à s’installer dans les Maritimes, mais après quelques années, elle a senti que c’était pour elle le temps de quitter le collège pour voler de ses propres ailes.
Avec son mari David, qui l’aide à préparer l’argile (travail laborieux s’il en est), ils se sont mis à la recherche d’un endroit où s’établir dans le comté d’Albert. Une vieille salle communautaire a attiré leur attention à Curryville. « Ce fut un moment très émotif. Avant même d’y entrer, je savais que c’était l’endroit qu’il me fallait pour mon studio et ma galerie, dit Judy. Je me sentais comme dans un loft à New York. C’était comme un livre ouvert, un endroit où je pouvais créer tout ce que je voulais. » Mais créer quoi avec cette liberté nouvelle?
À cette époque, Judy s’intéressait encore davantage à l’art de surface et aux arts textiles. « Quand nous sommes arrivés ici, nous avons entendu parler de jeunes qui s’amusaient à glisser dans la boue de la baie, explique Judy. Nous allions faire un tour en voiture et voyions de l’argile partout. Nous en remplissions même des seaux ou des sacs à poubelle. » Mais ce n’était pas sérieux, et de toute façon, Judy n’était pas encore prête à se lancer en poterie.
Une source sûre d’approvisionnement en argile allait changer tout cela. David avait vu des hommes qui, travaillant avec une petite pelle mécanique, avaient trouvé une veine d’argile qui, comme par hasard, se trouvait sur la propriété d’un de leurs amis. Judy a offert l’argile à une artiste du coin, mais celle-ci ne pouvait pas s’en servir, car elle ne convenait pas à son type de poterie. Cependant, la potière a encouragé Judy à y mettre elle-même la main. Judy et David se sont donc fait livrer quinze tonnes d’argile. Dès lors, il n’était plus question de faire marche arrière : la Albert County Clay Company voyait le jour.
L’argile qu’ils avaient trouvée est composée de particules très fines. Il est donc facile d’y laisser une empreinte. Dans chacune des pièces qu’elle modèle, Judy imprime des feuilles, des herbes, des ailes de papillon, des pétales, bref, presque tout ce qu’elle peut trouver de naturel. « Il faut que je roule délicatement l’objet dans l’argile pour en laisser l’empreinte. J’ai fini par me rendre compte que ce que je crée découle du type d’argile que j’utilise, dit Judy. Je travaille avec la nature de l’argile, je trouve des techniques qui lui sont adaptées. Je cherche d’abord des idées qui mettent en valeur ma matière première, puis les motifs dont je veux me servir. » Elle essaie de créer des pièces fonctionnelles. Beaucoup de ses pièces sont de véritables objets d’art.
Judy et David ont fait bien des détours avant de trouver leur petit coin de paradis. Ils aiment le charme et la beauté de l’endroit, mais sont surtout attachés aux gens. « Il y a un sentiment d’appartenance ici, explique Judy. Leurs racines sont ici, leur histoire aussi. Et heureusement, il y a aussi une place pour nous. »
900, chemin Albert Mines
Curryville
506-734-2851
www.albertcountyclayco.com