De l’humble chaumière à l’imposant édifice public, le Nouveau-Brunswick s’enorgueillit de structures notables et d’un patrimoine bâti parmi les plus importants du Canada. Depuis toujours, son architecture témoigne du savoir-faire des artisans, de la fidélité aux matériaux et de l’harmonie avec l’environnement, ce à quoi on recommence sérieusement à aspirer.
Très peu de structures d’avant la fin du XVIIIe siècle ayant subsisté jusqu’à nos jours, il faut s’en remettre à l’archéologie et aux documents historiques pour connaître les habitations en écorce de bouleau des Premières Nations et les fermes et forts des pionniers acadiens du XVIIe siècle.
Les premières manifestations de principes architecturaux qui survivent encore datent de l’arrivée des Loyalistes dans les années 1780. De maisons toutes simples et dénudées, leurs constructions se sont améliorées en qualité et en envergure au rythme de la croissance de la province. Un métier parfaitement maîtrisé et l’accès facile aux meilleurs matériaux du monde, combinés à la richesse générée par le transport maritime et le commerce du bois, ont conduit à l’épanouissement de nombreux styles architecturaux au XIXe siècle. Le Nouveau-Brunswick a été témoin d’entreprises héroïques de construction d’églises néo-gothiques, de la construction de manufactures et de gares ferroviaires élaborées, de secteurs commerciaux vigoureux, d’immeubles gouvernementaux et d’écoles de grande envergure, de manoirs bordant des rues entières et d’élégants bâtiments de ferme.
Beaucoup de ces remarquables immeubles et quartiers sont devenus des lieux historiques nationaux, notamment la Résidence du Gouverneur (1828) et la cathédrale Christ Church (1853), à Fredericton, le quartier industriel de Marysville, composé de bâtiments de briques rouges, l’admirable petite ville de St. Andrews-sur-mer et son architecture loyaliste bien conservée, la rue Prince William, au centre-ville de Saint John, un secteur de la fin du XIXe siècle qui a été le premier à décrocher une désignation nationale.
Parmi d’autres lieux dignes de mention, on relève les maisons de pierre du XIXe siècle de Dorchester, la ferme MacDonald de Bartibog (v. 1820), le palais de justice (1833) du comté de Carleton, à Upper Woodstock, le magnifique intérieur baroque de l’église catholique de Saint-Isidore (1908), le théâtre Imperial de Saint John (1913) et l’imposante cathédrale Notre-Dame de l’Assomption (1940), à Moncton. Deux lieux pittoresques où l’on a soigneusement conservé la culture architecturale autant que matérielle des passés britannique et acadien, le Village historique de Kings Landing, au bord du fleuve Saint-Jean, et le Village Historique Acadien, près de Caraquet, permettent aux visiteurs de remonter dans le temps.
Tandis que ces endroits illustrent bien l’éventail architectural des débuts de la province, d’autres structures ont joué un rôle clé dans le patrimoine bâti du Nouveau-Brunswick : le pont couvert de Hartland – le plus long du monde avec ses 390 m (1282 pi), les fumoirs de hareng dans l’île Grand Manan et les phares historiques en bois qui se dressent ici et là sur la côte.
Au début des années 1950, alors que le Nouveau-Brunswick cherche désespérément à se tailler une place dans un Canada progressiste et avant-gardiste, le vent de modernisme qui avait balayé le reste du monde s’implante solidement. De la fin des années 1940 au début des années 1970, la province assiste à des poussées affirmées en génie structurel avec des espaces audacieux et une esthétique éclairée, que l’on peut voir surtout dans les églises des régions francophones du Nouveau-Brunswick.
À la fin du XXe siècle, des interprétations étonnantes d’architecture postmoderniste, néo-traditionaliste, contemporaine et écologique se manifestent, signe d’un enthousiasme renouvelé à l’égard des formes.
John Leroux, architecte