
« Là, regardez, un aigle! » Vous suivez son regard, scrutant le ciel, repérant finalement l’énorme rapace qui survole les pentes boisées du mont Sagamook. Un instant auparavant, Rhonda Pelletier-Bélanger vous avait montré du doigt trois papillons amiraux sur le rivage rocheux du lac Nictau. Autochtone malécite et interprète au parc provincial Mont-Carleton, Rhonda est ici dans son élément.
La zone qu’occupe aujourd’hui le parc a toujours été importante pour les Malécites. Rhonda avait 17 ans la première fois qu’elle est venue au mont Carleton. « J’avais l’impression qu’il m’appelait. C’était là que se rencontraient plusieurs nations. C’était un endroit où chasser le caribou et l’orignal, où pêcher et cueillir des plantes médicinales », déclare-t-elle. Tous les étés, depuis dix ans, elle a été en mesure de répondre à cet appel en travaillant au parc provincial.
Dans le parc, les deux plus hauts sommets sont le mont Carleton lui-même et le mont Sagamook, mot malécite qui veut dire « chefs ». Rhonda a fait l’ascension du Sagamook à maintes reprises. C’est sa destination préférée dans le parc. « Les Autochtones gravissaient la montagne pour demander au Créateur de faire bonne chasse et bonne pêche. Pour une bonne année, en fait », dit-elle. Cependant, pour Rhonda, le sommet du Sagamook est aussi l’endroit qui permet d’avoir une perspective sur le monde. « Quand on est là-haut, on voit à quel point les choses sont petites, à quel point nous-mêmes sommes petits dans le monde ».
C’est peut-être pour cette raison que, lorsqu’elle parle de ses souvenirs dans les bois ou des anecdotes sur le parc, elle choisit de répondre par de petits moments : le cri d’un huard solitaire au crépuscule, le hurlement des coyotes, le chant d’un oiseau ou même une grenouille aperçue sur un sentier forestier. Elle entend et voit tout ce qui se passe autour d’elle.
Des groupes d’élèves viennent souvent au parc pour découvrir les secrets de la nature et Rhonda leur fait jouer à un jeu pour qu’ils apprennent à mieux observer la forêt. Le jeu se nomme « le sentier non naturel ». Rhonda rassemble toute sorte d’objets utilisés par les élèves – ciseaux, règles, cuillères, etc. – et les suspend le long du sentier de façon à ce qu’ils soient faciles à trouver. Les élèves empruntent ensuite le sentier et Rhonda observe combien de ces d’objets les élèves trouvent. « Ce jeu sert à montrer aux gens à quel point on voit sans vraiment observer la nature. »
Rhonda espère faire à nouveau du mont Carleton un lieu de rassemblement des Autochtones, non pas comme autrefois, lorsqu’ils y chassaient le caribou et l’orignal, mais un endroit où partager avec d’autres leur culture, leur langue et leur respect de la nature. Ce serait aussi l’occasion pour les Anciens de raconter leurs histoires. Rhonda en connaît beaucoup sur le monde terrestre, mais déclare : « Je ne suis pas une conteuse. Les Anciens le sont. Ils ont la voix. »
Quand on voit la masse du mont Sagamook se reflétant sur les eaux du lac Nictau, on comprend pourquoi Rhonda aime le parc... et pourquoi les aigles qui le survolent répondent à l’appel du tam-tam autochtone : « J’ai participé ici à des rassemblements, et quand on battait le tambour et qu’on chantait – les aigles venaient, comme si on les appelait. »
Rhonda aussi a entendu l’appel du mont Carleton.
Parc provincial Mont-Carleton
7612, route 385
Saint-Quentin
506-235-0793